Le Domaine d’Isegorias » L’Ankou dans la maison neuve : le roi des Korrigans - Contes et légendes de Bretagne, Féerique

L’Ankou dans la maison neuve

Extrait de La L√©gende de la Mort d’Anatole Le Braz

Fulupic an To√ęr, un couvreur en chaume, de Plouz√©lambre, achevait un soir de couvrir une maison neuve qu’un petit fermier de la commune avait fait b√Ętir dans le dessein de venir l’habiter √† la Saint-Michel suivante.
Son travail fini, Fulupic descendit de son √©chelle et l’enleva pour la serrer √† l’int√©rieur de la maison, avec ses autres outils, ainsi qu’il en avait coutume chaque soir au moment de regagner son logis. Mais, quand il ouvrit la porte √† cet effet, il fut tout √©tonn√© d’apercevoir une ombre debout dans le couloir qui s√©parait la cuisine de la pi√®ce de d√©charge.
-Piou zo az√© ? (Qui est l√† ?) demanda-t’il, non sans un petit froid dans le dos, car il √©tait certain que, de toute la journ√©e, pas un √™tre vivant ne s’√©tait montr√© dans les alentours.
L’ombre ne bougea ni ne r√©pondit. Alors il r√©p√©ta sa question :
-Piou zo azé ?
M√™me silence de la part de l’inconnu.
-Sacr√© Di√©, se dit Fulupic, voici un personnage qui ne semble pas d√©sireux de lier conversation. Il ne doit cependant pas s’√™tre introduit pour voler, car, puisqu’il n’y a que le toit et les murs, je ne vois pas ce qu’il pourrait emporter.
Je vais l’interpeller une troisi√®me fois ; s’il persiste √† faire le muet, tant pis, je lui enfonce mon √©chelle dans le ventre : √ßa lui ouvrira peut-√™tre la bouche, du m√™me coup.
Et Fulupic de recommencer pour la troisième fois :
-Piou zo azé ?
Et cette fois fut, en effet, la bonne, car l’homme myst√©rieux releva la t√™te qu’il avait jusqu’alors tenue obstin√©m√©nt baiss√©e sur la poitrine, et, d’une voix caverneuse, il pronon√ßa :
-Da vestr ha mestr an holl, pa teuz c’hoant da glewed (Ton ma√ģtre est le ma√ģtre de tous, puisque tu d√©sires le savoir).
La curiosit√© de Fulupic √©tait plus que satisfaite. Dans le visage de l’homme, la place des yeux et celle du nez √©taient vides, et la m√Ęchoire inf√©rieure pendait. Le couvreur ne se soucia pas d’avoir d’autres explications. Il planta l√† son √©chelle et se sauva de toute la vitesse de ses jambes : il avait reconnu l’Ankou.