Le Domaine d’Isegorias » Le char de la Mort : le roi des Korrigans - Contes et légendes de Bretagne, Féerique

Le char de la Mort

Extrait de La L√©gende de la Mort d’Anatole Le Braz

C’√©tait un soir, en juin, dans le temps qu’on laisse les chevaux dehors toute la nuit.
Un jeune homme de tr√©z√©lan √©tait all√© conduire les siens aux pr√®s. Comme il s’en revenait en sifflant, dans la claire nuit, car il y avait grande lune, il entendit venir √† l’encontre de lui, par le chemin, une charrette dont l’essieu mal graiss√© faisait : Wik! wik!

Il ne douta pas que ce ne f√Ľt karriguel ann Ankou (la charrette, ou mieux la brouette de la Mort).
- A la bonne heure, se dit-il, je vais donc voir enfin de mes propres yeux cette charrette dont on parle tant!
Et il escalada le foss√© o√Ļ il se cacha dans une touffe de noisetiers. De l√† il pouvait voir sans √™tre vu.

La charrette approchait. Elle √©tait tra√ģn√©e par trois chevaux blancs attel√©s en fl√®che. Deux hommes l’accompagnaient, tous deux v√™tus de noir et coiff√©s de feutres aux larges bords. L’un d’eux condusait par la bride le cheval de t√™te, l’autre se tenait debout √† l’avant du char.

Comme le char arrivait en face de la touffe de noisetiers o√Ļ se dissimulait le jeune homme, l’essieu eut un craquement sec.
- Arr√™te ! dit l’homme de la voiture √† celui qui menait les chevaux .
Celui-ci cria: Ho! et tout l’√©quipage fit halte.
- La cheville de l’essieu vient de casser, reprit l’Ankou. Va couper de quoi en faire une neuve √† la touffe de noisetiers que voici.
- Je suis perdu! pensa le jeune homme qui déplorait bien fort en ce moment son indiscrète curiosité.

Il n’en fut cependant pas puni sur-le-champ. Le charretier coupa une branche, la tailla, l’introduisit dans l’essieu, et, cela fait, les chevaux se remirent en marche. Le jeune homme put rentrer chez lui sain et sauf, mais, vers le matin, une fi√®vre inconnue le prit, et le jour suivant, on l’enterrait.